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Rendre l’horreur sous forme d’art, ce n’est pas abolir l’horreur ni la sublimer en art. 

C’est avec  la  plus grande intensité les tenir en face l’un de l’autre.

– Frédéric Worms

Les mots étaient des loups

spectacle pour la prévention de la pédocriminalité

production :  

in viivo – centre artistique nomade de création autour des processus organiques et leur transmission

& simone – camp d’entraînement artistique

avec le soutien de Césaré - centre national de création musicale 

création 2021

Certains êtres humains sont construits de telle manière qu’ils aiment et désirent sexuellement les enfants.

Comme les loups des contes de fées, il font la terreur des familles, et on recommande aux enfants de s’en méfier. Or certains se font croquer et disparaissent à jamais de leur propre existence, d’autres deviennent des héros du quotidien et arpentent un long chemin de solitude et de reconstruction.

Les victimes ont en commun le silence, la honte et la souffrance.

Les perspectives se renversent et se confondent. Certains êtres humains sont construits de telle manière qu’ils aiment et désirent sexuellement les enfants…parfois à cause d’une initiation sexuelle précoce, déplacée, subie et dévastatrice.

Cependant, dans le plus grand secret et la solitude, bon nombre de loups ne passent pas à l’acte : leur vie ressemble à une fragile construction de verre qui peut se briser à chaque instant. Et parmi ceux qui passent à l’acte, beaucoup réclament de l’aide.

Les pédophiles ont en commun le silence, la honte et la souffrance.

Sur scène du sable. Celui des jeux d’enfants et des châteaux.

Celui, mouvant, des marécages.

La poésie et la musique de Bach, comme un pansement, comme l’inverse du silence, qui laissent place à ce que les mots ont tant de mal à formuler.

Déchirure du silence, rupture de l’ordre des choses, écho de toutes les autres déchirures, tissulaires, psychiques, identitaires.

Une bande-son nous délivre la parole d’hommes

pédophiles, tandis que les actrices viennent dire en creux les blessures des victimes. Et parfois c’est l’inverse.

Le dispositif bifrontal répond à celui des cercles, des intervalles de parole, où agresseurs et victimes se rencontrent,

s’écoutent et dialoguent. Nous sommes à l’intérieur de la sphère, entre humains, hors jugement.

Nous sommes au lieu-dit du rendez-vous.

NOTE D’INTENTION

Nous sommes au bord de l’innommable et de l’indifférencié,

à l’endroit où il s’agit de reconnaître en chacun de nous « le dragon dans la brume ».

Il convient de distinguer entre la pédophilie qui désigne une attirance affective et sexuelle immature d’adultes envers des enfants et la pédocriminalité qui est le passage à l’acte, la mise en oeuvre de cette sexualité d’adulte avec des enfants, qui

deviennent victimes de violences sexuelles. Le champ qui est le nôtre ici est celui qui concerne les pédophiles abstinents, qui par conséquent tentent par tous les moyens de ne pas passer à l’acte, et la manière dont la société interagit avec eux.

L’enjeu de la performance est de créer des conditions pour que chacun, sur scène comme hors-scène, soit en situation de s’éprouver humainement, acceptant pour un temps de ne pas se situer - voire de presque se désarmer - moralement, intellectuellement, affectivement.

La performance invente un chemin par la confrontation scénique entre la souffrance des témoignages, qui renvoient à la violence primordiale, à la violence des pulsions et une plénitude poétique, musicale, de l’ordre de l’amour.

Il s’agit de reconnaître en soi-même la co-existence et la superposition de ces différentes sphères. C’est précisément cette dialectique qui peut induire une prise de conscience et un non-passage à l’acte chez les pédophiles, lorsqu’ils réalisent que l’autre - l’enfant qu’ils aiment - n’est pas un prolongement d’eux-mêmes.

L’état d’indifférenciation dans lequel nous transporte

l’amour peut être un piège ; croire à une réciprocité qui n’existe pas, devient ici tragique et dévastateur.

Cet attachement extrêmement troublant et perturbant nous interroge en profondeur sur la nature même de l’amour, ses

fictions, ses illusions, ses idéaux, ses fantasmes, ses interdits, ses négociations, ses obsessions.

Le recours au langage poétique nous déplace, nous entraîne dans un autre niveau d’entendement, clé de voûte de la déconstruction du jugement, pour faire face à ce qui nous échappe, au risque du vertige

 

Conception et jeu : Laurence de Sève et Anne-Laure Lemaire

Scénographie sonore : Vivien Trelcat

Création lumière : Paul Galéron

Textes poétiques de Vénus Khoury-Ghata, Wajdi Mouawad, Christophe Tarkos, André Breton.

Extraits d’interviews de personnes pédophiles abstinentes du film documentaire de Xavier Deleu,

"Pédophilie, de la pulsion à l’interdit" (Découpages productions) et de l’émission Sur les docs, de France Culture « Territoires interdits : Prévenir la pédophilie : l’expérience de l’Ange Bleu, association organisatrice de groupes de paroles », documentaire de Céline Rouzet et Francois Teste.

l'équipe est accompagnée du regard du sociologue Pierre Verdrager.*

et le spectacle peut être suivi d’un échange avec lui à l’issue de la représentation.

Le spectacle est également soutenu par le CRIAVS Champagne-Ardenne : il est possible d’imaginer des représentations et/ou des résidences de médiation dans des établissements qui prennent en charge les auteurs de violences sexuelles et/ou des victimes.

Le spectacle peut être joué en soutien ou accompagnement de formations de travailleurs médico-sociaux sur le sujet de la prévention de la

pédocriminalité.

* Pierre Verdrager est l’auteur de «L’Enfant interdit» et "Le grand renversement" aux éditions Armand Colin.

In viivo remercie particulièrement Vénus Khoury-Ghata, Wajdi, Mouawad, Pierre Verdrager et Découpages productions.